Détruisons enfin le monument de Georgi Dimitrov Mihaylov : Le Bénin mérite mieux
Il est des symboles qui traversent le temps sans jamais trouver leur place dans la mémoire d’un peuple. Le monument de Gueorgui Dimitrov, érigé à la place Bulgarie à Gbegamey, fait partie de ces vestiges qui n’ont plus de raison d’être dans le Bénin d’aujourd’hui.
Qui était réellement Gueorgui Dimitrov pour le peuple béninois ? La réponse est simple : personne. Ni héros de notre indépendance, ni acteur de notre développement, ni défenseur de notre patrimoine culturel. Il fut un dirigeant communiste bulgare, une personnalité importante dans l’histoire de son pays et du mouvement communiste international, mais totalement étrangère à notre histoire nationale.
Comme l’a rappelé l’écrivain béninois Florent Couao-Zotti, cette statue n’a pas été érigée parce que les Béninois souhaitaient honorer Dimitrov. Elle est née d’un contexte politique bien précis : celui des relations idéologiques entre le Bénin révolutionnaire et les pays du bloc de l’Est. Autrement dit, ce monument est davantage le témoignage d’une alliance diplomatique passée que l’expression de la mémoire collective béninoise.
Le plus frappant est que cette interrogation n’est pas nouvelle. Selon le témoignage rapporté par Florent Couao-Zotti, le président Mathieu Kérékou lui-même s’était demandé ce que ce « Papa Bulgarie » faisait au cœur de Gbegamey, reconnaissant qu’il ne voyait pas ce qui concernait le Bénin dans cet hommage.
Quarante ans plus tard, cette question reste entière.
Le Bénin investit aujourd’hui dans la valorisation de son patrimoine, de ses royaumes, de ses résistants et de ses grandes figures historiques. Les trésors royaux sont revenus. Les statues de nos héros se multiplient. Notre pays revendique une identité culturelle forte et une souveraineté assumée.
Comment justifier, dans le même temps, qu’un monument consacré à un dirigeant étranger sans lien avec notre histoire continue d’occuper une place aussi symbolique de notre espace public ?
On invoquera sans doute la préservation de l’histoire. Mais préserver l’histoire ne signifie pas figer éternellement tous les symboles d’une époque révolue. Les monuments sont des choix politiques et culturels. Ils traduisent les valeurs qu’une nation souhaite transmettre aux générations futures.
La question de la réciprocité mérite également d’être posée. La Bulgarie a-t-elle érigé une statue du roi Béhanzin, de Bio Guéra ou d’une autre figure majeure de l’histoire béninoise ? À notre connaissance, non. Pourquoi le Bénin devrait-il continuer à célébrer dans son espace public un personnage qui ne fait pas partie de son héritage historique ?
Il ne s’agit ni d’effacer l’histoire ni de renier les relations diplomatiques qui ont existé avec la Bulgarie. Il s’agit de remettre chaque chose à sa place. L’histoire appartient aux archives, aux bibliothèques et aux musées. Les places publiques, elles, doivent honorer les femmes et les hommes qui incarnent l’âme de la nation.
Le monument de Gueorgui Dimitrov n’est plus un symbole de coopération. Il est devenu le rappel d’une époque où des choix étaient parfois dictés par des considérations idéologiques extérieures.
Le Bénin du XXIᵉ siècle n’a plus besoin de ce vestige. Il a besoin de monuments qui racontent son propre récit, célèbrent ses propres héros et renforcent son identité.
Le moment est venu d’ouvrir un débat national serein sur l’avenir de cette statue. Et si la conclusion est qu’elle n’a plus sa place à Gbegamey, alors son retrait, ou son transfert dans un musée consacré à l’histoire des relations internationales du Bénin, constituerait un acte de cohérence avec notre volonté de réappropriation de notre mémoire nationale.
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